Musique instrumentale venue d’ailleurs. L’harmonie dramatique du romantisme tardif, captée à travers un poste de radio cyber-rétro — du métal cinématique étrange, joué et improvisé.
Jeremy Odd est le versant expérimental d’un compositeur québécois de formation classique — douze ans d’études en guitare classique, violoncelle, piano et saxophone.
Là où la musique d’aujourd’hui carbure au contraste maximal et au drop, Jeremy Odd travaille dans la nuance : le dégradé, la modulation préparée, la couleur qui glisse plutôt que de se rompre. La joie y garde une mélancolie ; le drame, une tendresse. C’est l’héritage assumé de Tchaïkovski — le sens extrême des nuances — passé dans un filtre néon, étrange, décalé.
Le pivot vers un accord venu d’ailleurs tonalement. Pas un effet : un changement de lumière, la réalité tonale qui glisse vers l’étrange.
La bascule du mineur vers le majeur au dernier instant. La lumière qui perce là où l’oreille ne l’attendait pas.
Tapping à deux mains, vagues harmoniques, lignes chantées comme au saxophone. La vitesse n’existe que parce que l’harmonie la réclame.
Un livre magique qui s’ouvre, se déchaîne sous l’effet d’un sortilège, puis se referme transformé. Les grandes vagues de tapping chromatique mineur s’élèvent comme des pages qui s’envolent. La pièce ne revient jamais à son point de départ : elle se referme sur un miroir asymétrique inversé du motif initial.
Si dense — deux guitares, piano deux mains, basse, batterie — que l’analyse audio automatisée ne parvient pas à en décomposer les couches. La musique résiste à la machine.
Une chanson lucide sur son époque. Du « temps d’un nouveau monde » au doute intime — « je ne suis qu’un homme et qu’est-ce que je peux y changer » — jusqu’au refrain qui répond non par un triomphe, mais par une décision : « Nous serons survivants ». Le passage du « je » impuissant au « nous » qui tient debout, prolongé par un break électro, un solo, puis un tapping qui s’efface.